57 heures pour survivre

À 41 ans, Anthony Martinez s’est lancé le défi de courir pendant 57 heures du 10 au 12 juillet prochain dans les rues de Marseille, avec un objectif précis. Cet immense défi est un appel du pied, un message fort au système économique mondial qui nous a laissé clairement entrevoir ses failles pendant cette crise du covid-19. Cette course, c’est pour survivre. Focus sur le parcours d’Anthony et sur cette aventure que Nage Libre a décidé de soutenir, en tant que équipementier. 
 
 
Bonjour Anthony, vous pouvez vous présenter rapidement ? 
 
Je m’appelle Anthony Martinez, j’ai 41 ans et je vis à Marseille depuis 10 ans avec ma femme et mes deux enfants. À la base j’ai une formation de géographe.  J’ai travaillé pendant de longues années dans le management de projets sportifs. J’avais tout de même une fibre entrepreneuriale qui me poussait à me lancer, je suis désormais chef d’entreprise de la start-up marseillaise Pooloop où nous nous sommes appliqués à imaginer et créer la piscine de demain. 
 
Comment avez-vous procédé pour faire naître votre projet ? 
 
Dans un premier temps l’idée nous est venue en 2017 et nous voulions bouleverser les codes instaurés concernant les piscines publiques. Nous avons donc passé deux ans et demi à développer le produit. Dans ce laps de temps, il fallait trouver des investisseurs, des partenariats internationaux, créer des prototypes, les valider… Ce n’était pas de tout repos. Finalement, fin 2019 nous étions prêts. 
Vous pouvez nous parler un peu plus en détail de votre concept ?
 
Notre concept s’appelle 21h40, il s’agit d’installer des écrans vidéos connectés au fond des piscines reliés à une plateforme  permettant de diffuser n’importe quels types de contenu numérique.Vous pouvez laisser libre cours à votre imagination et en un clic : vous pouvez plonger dans l’eau poissonneuse d’un récif corallien, surprendre vos hôtes lors de pool-parties exceptionnelles ou encore privatiser un espace aux couleurs d’une marque pour des lancements produits…
 
 
Vous ciblez donc un public particulier ? 
 
Exactement, on s’est d’ailleurs très vite orienté vers l’hôtellerie de luxe, car le marché dispose d’un gros pouvoir d’achat et cherche à se diversifier. En février 2020, nous signons notre premier contrat avec le Lana® hôtel, un des sites les plus prestigieux de Courchevel et nous nous sommes rapprochés de bon nombre d’autres structures. 
 
Une belle dynamique, mais qui fut stoppée par le covid-19 ? 
 
Exactement. Comme tout le monde, nous n’avions pas vu venir la crise sanitaire qui frappait et frappe encore la France aujourd’hui. Je me suis alors penché sur les aides de l’état et des banques à obtenir. On s’est rendu compte que l’on ne remplissait pas les critères pour obtenir les subventions ou les aides nécessaires car nous n’avions pas encore de CA, ni de salariés, nous étions en phase d’amorçage. Pour autant, j’avais quitté mon ancien métier pour cette aventure et la chute est douloureuse. 
 
On en arrive donc à ce défi de 57 heures de course dans Marseille….
 
Oui. Nous avons été confinés 57 jours, et pendant ces 57 jours j’ai remis en question plusieurs fois mon activité, ma vision des choses. À 41 ans, prendre des risques devient tout de suite plus compliqué. Le système pour lequel j’avais tant donné jusqu’à présent, n’a pas répondu présent pour l’obtention d’un prêt covid et beaucoup de personnes sont dans le même cas. J’ai écris un bon nombre de fois aux grandes instances, sans succès. J’ai donc décidé de me montrer, de faire un appel du pied. Courir 57 heures, sans pause, pour ne pas rester au bord du chemin. 
 
 
Vous vous entraînez tous les jours ? 
 
C’est une obligation, à la base c’était une idée, c’est devenu mon projet, alors je veux aller jusqu’au bout. Je vais courir du 10 au 12 juillet sur une boucle de 14,5 km et j’espère que cela permettra d’envoyer un message fort aux institutions. Je veux juste vivre de ce que j’ai créé et les similarités entre l’ultra marathon et l’entreprenariat sont nombreuses. On passe par les mêmes émotions, l’euphorie, le stress, le doute…L’important c’est de ne pas flancher. 
 
Comment comptez-vous financer cet évent ? 
 
J’ai lancé il y a quelques jours une campagne de crowfunding sur Ulule : https://fr.ulule.com/courir57heures/
C’est l’histoire d’un type qui a été confiné 57 jours en se remettant constamment en question, traversé par des émotions diverses et variées. C’est surtout l’histoire d’un type qui a changé profondément. Si j’arrive à ressusciter cette entreprise, ça sera quelque chose de beaucoup plus participatif, de plus solidaire. Tout le monde doit être gagnant au sein de Pooloop, voir même actionnaire, un peu à l’image du fonctionnement des SCOPs. À partir du 15 juin, je vais communiquer et interpeller la mairie de Marseille afin de demander l’autorisation d’utiliser un stand pour m’installer dans un parc public. L’idée de cette campagne c’est de récolter 3000 euros pour participer aux frais de mon événement, en espérant que tout cela puisse résonner à grande échelle, car il est temps de se faire entendre et vivre notre rêve !